Espace Alfred Latour

MIROIR DE LA MODERNITÉ

Le fonds photographique Alfred Latour sous l’œil de Matthieu Gafsou

 

Vernissage le vendredi 3 novembre à 18h00
L’Espace Alfred Latour est ouvert au public les mercredis de 14h à 18h

Pour sa troisième exposition à l’Espace Alfred Latour, la Fondation Alfred Latour a donné une carte blanche au photographe lausannois Matthieu Gafsou.
De son plongeon dans les archives, composées de plus de 1500 photographies, l’artiste nous offre un regard nouveau sur une sélection d’images marquantes.

Considéré comme l’une des voix majeures de sa génération, Matthieu Gafsou est un photographe engagé et un philosophe qui porte sur la photographie un regard empreint d’un grand raffinement.

Toutes les photographies présentées sont des tirages de Matthieu Gafsou.

 

 

 

 

 

J’aime me frotter dans les grandes villes aux autobus en marche
Ceux de la ligne Saint-Germain-Montmartre m’emportent à l’assaut de la Butte

Les moteurs beuglent comme les taureaux d’or
Les vaches du crépuscule broutent le Sacré-Cœur
Ô Paris

La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France,
Blaise Cendrars, 1913

Miroir de la modernité

Sûrement mineure (tout du moins d’un point de vue critique) en regard de son

travail de peintre ou d’illustrateur, la démarche de photographe d’Alfred Latour témoigne de façon subtile de la modernité et de l’influence des avant-gardes
du début du XXe siècle sur le médium photographique. C’est ce qui est ressorti
de mes visites de ses archives, choisissant à dessein un point de vue de photographe plutôt que d’historien de l’art pour l’approcher, quitte à devoir assumer
une interprétation périphérique de son œuvre. Cette lecture permet de dégager
des photographies peu ou pas vues de l’artiste et témoigne de son inscription
dans son temps. Cela dit, ce sont aussi et bien évidemment les photographies
elles-mêmes qui ont autorisé une telle approche, tant les signes de l’époque sont récurrents dans l’œuvre de l’artiste. On sait au demeurant que Latour a fréquenté
Le Corbusier, qu’il a été affilié à l’Union des artistes modernes (UAM) et
qu’il a illustré un livre de Cendrars, autant d’indices qui ont autorisé à suivre
cette approche de son travail.

Au tournant du XIXe, un débat puissant entre les tenants du pictorialisme photographique (imiter l’impressionnisme) et les partisans d’un langage
qui appartiendrait strictement au médium lui-même traverse la photographie. Choisir l’autonomie d’une méthode mécanique de reproduction (Walter Benjamin) est profondément moderne. La photographie est le médium de son époque et
en ce sens, celui de la technique. Des sujets nouveaux sont photographiés,
qui témoignent des transformations en cours, l’arrivée des voitures, du métro,
de l’éclairage public, de la vitesse, etc. Latour semble choisir cette esthétique
ou tout du moins être contaminé par cette vision, alors qu’il est lui-même peintre.
Il m’a semblé qu’un tel choix venait encore enrichir la compréhension
de son œuvre, certes multimédia, mais où chaque technique peut être utilisée
pour ses qualités propres.

Évidentes, les vues urbaines portent au premier degré les signes de la modernité : foules, automobiles, ferraille, bateaux, etc. mais aussi les points de vue ; plongées, contre-plongées, vue au travers d’un pare-brise. On pense à la roue d’Abel Gance
et à sa locomotive endiablée, on pense bien-sûr aussi aux avant-gardes, notamment russes, de Tziga Vertov à Rodchenko. En regard des photographies de la ville (Ô Paris), j’ai aussi choisi des paysages qui, s’ils ne sont pas nécessairement véhicules de l’euphorie d’une modernité triomphante, témoignent du point de vue du langage photographique, d’une grande maîtrise et d’une connaissance d’un langage appartenant stricto sensu à la photographie et renvoient à l’histoire du médium, évoquant par exemple Walker Ewans, dont les photographies réalisées dans
les années 1930 pour le compte de la Farm Security Administration sont un jalon essentiel de l’histoire de la photographie. On découvre donc des paysages
sans emphase, d’une apparence plutôt neutre, qui font référence à ce qu’Olivier Lugon d’après Walker Ewans nomme style documentaire. Les images peuvent
être porteuses d’un message social, mais ne sont pas engagées, demeurent ouvertes et distanciées émotionnellement du sujet, au profit d’une construction formelle élégante, raffinée. Leur composition et notamment l’usage de la frontalité
leur confèrent paradoxalement des qualités abstractives fortes.

Au cœur de l’exposition, des voiles imprimés divisent l’espace en deux, flottants. Plus formels et abstraits, ils rappellent que la photographie chez Latour fut aussi
un outil exploratoire pour servir ses autres pratiques, qu’il s’agisse du tissu imprimé, du graphisme ou de la peinture. Les motifs font penser à d’autres œuvres, notamment à la peinture abstraite américaine : il n’y a ici pas de place pour
le champ, tout est dans le cadre, tout est en surface, à lire sur deux plans, rappelant ce qu’Eric de Chassey nomme « photographie plate » et réconciliant effectivement le médium avec la peinture, cela même alors qu’il conserve le souci du détail
et n’essaie pas de mimer son dominant alter ego. Ce mouvement – de la séparation à la réconciliation entre les médiums au travers de l’émergence de langage spécifique à la photographie au cours du 20e siècle – semble in fine témoigner subtilement de la dimension protéiforme d’Alfred Latour, qui a traversé un siècle
de bouleversements formels et dont l’œuvre, volontairement ou non, en est
le miroir.

Matthieu Gafsou

 

Les Jeudis d’Alfred Latour – lancement!

Places limitées sur inscription :  fondation @alfred-latour.org

© Collections Photo Élysée, Fonds de Jongh, n° d’inventaire : 052042

Le jeudi 12 octobre à 19h, la Fondation Alfred Latour accueillera la première édition du cycle de conférences-débats des Jeudis d’Alfred Latour. Entre octobre 2023 et juin 2024, vous êtes invités à assister à quatre rendez-vous autour de diverses thématiques qui traiteront des modes d’expression de l’artiste d’Eygalières (peinture, gravure, graphisme, design, photographie)

Pour ce premier rendez-vous nous avons le plaisir d’accueillir le Professeur François Vallotton et Alexandra Schmidt, assistante à la section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne.

Photographie et publicité : les regards croisés d’Alfred Latour et Gaston de Jongh

© Fondation Alfred Latour, Lausanne

« Alfred Latour et Gaston de Jongh sont nés la même année, en 1888, à Paris et à Lausanne, respectivement. Artiste aux multiples facettes pour l’un, photographe professionnel exerçant une vaste gamme d’activités pour l’autre, ils entrent tous deux dans le monde de la publicité durant l’entre-deux-guerres par des chemins et avec des outils différents.

Plus d’information sur : Les Jeudis d’Alfred Latour n°1 – Photographie et publicité

 

Exposition en cours: Alfred Latour – Sujet : publicité

7 juin – 25 octobre 2023

De juin à octobre 2023, sous le titre Alfred Latour – Sujet : publicité ce sont les affiches et quelques études graphiques qui sont présentées au public à l’adresse de la Fondation, place du Nord 2 à Lausanne.

En 1928, Alfred Latour a créé pour la revue Arts et Métiers Graphiques un logo remarqué. Depuis la fin des années 20, Latour est en lien avec Etienne Nicolas, fondateur de la maison des vins Nicolas. L’industriel s’adresse à l’artiste et lui demande de participer à l’élaboration des images de marque de son commerce. Jusqu’à la fin de sa vie (1964), Alfred Latour créera et dirigera les créations publicitaires pour la maison Nicolas. Il enluminera les catalogues des vins de luxe, modifiera la silhouette du livreur de vin Nectar, mascotte de la maison Nicolas, créera une dizaine d’affiches destinées aux nombreux magasins ou à la propagande de rue. Dans tous les motifs proposés, on comprend le souci de simplification, d’épure et de rigueur qui sont les traits caractéristiques de l’artiste membre de L’UAM (Union des Artistes Modernes).

Depuis octobre 2022, L’Espace Alfred Latour présente l’œuvre du peintre, graveur, graphiste photographe et designer de tissus français Alfred Latour (1888 – 1964). Lieu d’exposition, de rencontres et de production, L’espace Alfred Latour change régulièrement de décor. En octobre 2022, une exposition inaugurale présentait les nombreux moyens d’expression de l’artiste.

L’Espace Alfred Latour est ouvert les mercredis après-midi de 14h à 18h
et sur rendez-vous.

Espace Alfred Latour
Place du Nord 2
1005 Lausanne

021 324 34 90
fondation@alfred-latour.org