Alfred Latour, un designer de tissu

Alfred Latour, un designer de tissu(1888-1964)

 

L’exposition Alfred Latour, un designer de tissu rassemble pour la première fois les toiles murales inspirées de l’architecture cistercienne de Fontenay et divers motifs que l’artiste réalisa pour la mode et l’ameublement à la demande de son ami Pierre Aynard, éditeur et propriétaire de l’abbaye.

 

Les deux hommes se sont rencontrés à la fin des années vingt à Arles. À cette époque, Alfred Latour a installé son atelier dans un mas à Eygalières, au pied des Calans dans les Alpilles. C’est là que l’artiste passera le plus clair de sa vie en quête de lumière et de silence. Pierre Aynard conçoit un même attrait pour ce pays retiré et y acquiert une maison.

 

L’industriel et soyeux lyonnais connaît la réputation d’Alfred Latour, graveur de génie –  qui fut notamment appelé dans les années dix par le peintre Émile Bernard (1868-1941) à transposer sur le bois ses dessins. Dans les années trente, Alfred Latour est un artiste qui jouit d’une grande renommée. L’éditeur de soieries Charles Bianchini fait appel à lui pour prendre la succession de Raoul Dufy, à qui il a confié un mandat d’exclusivité pour la réalisation de toiles de soie et de coton imprimées. Alfred Latour conçoit de nombreuses études qui confirment l’étendue de ses talents de graphiste, de graveur et de designer. Il prouve par l’agencement de ses traits de plume, assemblages de feuillages et de fleurs, la parfaite anticipation qu’il a du motif en mouvement, de l’abstraction du sujet dans le flottement de matière souple (à cette époque, la technique d’impression employée est celle du pochoir). Ses études, d’une grande modernité, sont aussi bien conçues pour la mode que pour le décor d’intérieur.

 

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Aynard qui a suivi de près la carrière de son ami reprend contact avec lui et l’invite à réaliser de nombreux projets, majoritairement destinés à la haute couture. Ce sont les reproductions de ces tissus, exécutés entre 1945 et 1952, qui sont exposées dans la partie centrale du dortoir des moines. À la diffusion de ces tissus, Alfred Latour sera unanimement encensé par la critique pour la fraîcheur et la gaieté de ses propositions. Les coupons originaux font aujourd’hui partie d’un fonds Alfred Latour déposé au musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon.

 

Entre 1948 et 1950, l’aventure s’enrichit de la proposition portée par Pierre Aynard de remettre au goût du jour l’art de la tenture murale. Aynard sollicite Latour et lui suggère de produire des toiles pour l’abbaye de Fontenay. L’artiste puise alors son inspiration dans les motifs architecturaux et les vitraux de l’abbaye romane. Il transforme la proposition initiale de toiles murales en toiles à usages multiples. Latour est un membre actif de l’Union des artistes modernes (UAM) – mouvement créé par l’architecte Mallet-Stevens. Ce courant prône la simplicité des matériaux, l’épure et la fonctionnalité. Avec la complicité de l’imprimeur François Brunet-Lecomte, les toiles de Fontenay seront imprimées grâce à la technique dite « au cadre » (sérigraphie) sur des toiles de coton. Cet ensemble formé de sept toiles sera exposé à la galerie MAI à Paris en 1951. Elles gardent aujourd’hui encore toute leur force et leur proposition innovante.

 

Les toiles présentées ici sont des tirages des années 1960 et 1980 réalisés – après la mort d’Alfred Latour et de Pierre Aynard – probablement à partir d’études cédées par François Brunet-Lecomte à l’abbaye de Fontenay.

 

L’abbaye de Fontenay et la Fondation Alfred Latour impriment un nouveau tirage des toiles basé sur les motifs de 1948. Ces fac-similés seront présentés en 2020 dans ce même dortoir.

 

Pierre Starobinski

 

Abbaye de Fontenay, Montbard, du 30 juin au 29 août 2019

www.abbayedefontenay.com